Bien-être & Régénération

Sécurité intérieure : trouver sa juste place dans le groupe

Fabienne Le Henaff·
Personne assise au calme face à un lac de montagne brumeux à l'aube, image de sécurité intérieure

Il y a des personnes qui, dès qu'elles entrent dans une pièce, semblent occuper trop d'espace. Et d'autres qui, au contraire, se font si petites qu'on en oublierait presque leur présence. Pendant des années, j'ai cru que c'était une affaire de personnalité, de tempérament, de timidité ou d'assurance. J'avais tort.

Ce que j'ai compris en accompagnant des personnes, c'est que derrière ces deux postures se cache souvent la même chose : un manque de sécurité intérieure. Quand on ne se sent pas solide au-dedans, on cherche à compenser. Soit en s'imposant pour exister, soit en s'effaçant pour ne pas déranger.

Je voudrais vous parler aujourd'hui de ce socle invisible, de la façon dont on le construit, et de ce qu'il change concrètement dans votre manière d'être avec les autres.

La sécurité intérieure, ce socle qu'on ne voit pas

La sécurité intérieure, c'est ce sentiment profond d'avoir le droit d'exister tel que vous êtes, indépendamment de vos performances, de votre utilité ou de l'approbation des autres. C'est une assise. Quelque chose qui tient même quand tout vacille autour de vous.

Je précise tout de suite : ce n'est pas de la confiance en soi au sens où on l'entend d'habitude. La confiance, c'est croire en ses capacités à faire. La sécurité intérieure, c'est plus fondamental encore : c'est la certitude tranquille que votre place dans le monde n'est pas conditionnelle.

Quand cette assise manque, le corps le sait avant la tête. Une réunion qui se tend, et le ventre se noue. Un silence un peu long de la part d'un proche, et l'imagination s'emballe. On scrute, on anticipe, on s'ajuste en permanence au climat émotionnel des autres. C'est épuisant. Et la plupart des personnes que j'accompagne ne se rendent même pas compte du niveau de vigilance voire d’hyper-vigilance dans lequel elles vivent.

D'où vient le manque de sécurité

Ce socle se construit très tôt, dans les premières relations, dans la qualité du lien qui nous a portés enfant. Mais ce n'est pas une condamnation. J'ai vu des personnes qui pensaient porter cette fragilité comme une fatalité retrouver une assise solide plus tard.

Ce qui fragilise la sécurité intérieure, c'est aussi l'accumulation des épreuves. Une rupture, un deuil, un licenciement, une trahison. Chaque secousse peut entamer ce sentiment d'avoir le droit d'être là. C'est souvent au moment de traverser une crise de vie que l'on prend conscience, brutalement, de la solidité ou de la fragilité de ce socle. Or la crise est un signal de transformation pas une destinée.

végétation bord de rivière mousse eau Serenity
végétation bord de rivière mousse eau Serenity

Quand l'insécurité déforme notre place dans le groupe

Voici ce que j'observe régulièrement. Une personne qui manque de sécurité intérieure ne peut pas occuper sa juste place dans un groupe, qu'il s'agisse de sa famille, de son équipe au travail ou d'un cercle d'amis. Elle est condamnée à osciller entre deux extrêmes.

Le premier extrême, c'est l'effacement. On se tait alors qu'on a quelque chose à dire. On dit oui quand on pense non. On laisse les autres décider, choisir, prendre. On se rend tellement discret qu'on finit par disparaître, et par s'en vouloir ensuite. J'ai accompagné une femme qui, en réunion d'équipe, gardait pour elle des idées brillantes par peur de prendre la parole. Son talent restait invisible, et elle en souffrait profondément.

Le second extrême, c'est l'envahissement. Là, on parle fort, on coupe, on contrôle, on veut avoir raison. Non par arrogance, contrairement aux apparences, mais par peur. La peur de ne pas compter si on ne se rend pas indispensable. Derrière l'autorité, il y a souvent une grande fragilité.

Dans les deux cas, le groupe en pâtit. Et la personne, elle, ne se sent jamais vraiment à sa place. Car la juste place, ce n'est ni le retrait ni la domination. C'est cet espace tranquille où vous êtes pleinement vous, sans avoir à prendre celui des autres ni à abandonner le vôtre.

Ce qui me frappe, c'est que beaucoup de gens passent d'un extrême à l'autre selon le contexte. Effacés à la maison, autoritaires au travail. Ou l'inverse. Le dénominateur commun reste le même : tant que le socle intérieur manque, la place se cherche dans le regard des autres, jamais en soi. Et ce regard est un sol mouvant. Il change, il déçoit, il se dérobe. On ne peut pas construire une maison stable sur un terrain qui bouge sans cesse.

Une place dans le groupe nuage et accalmie
Une place dans le groupe nuage et accalmie

La juste place, une affaire de système

Je travaille beaucoup avec les approches systémiques, et notamment avec la constellation familiale. Et ces approches m'ont appris une chose, nous pouvons agir sur notre positionnement. Quelque soit les individus toxiques ou bienveillants que l’on peut avoir dans un système, prendre sa juste place est une volonté, un choix.

Dans toute famille, toute équipe, tout collectif, il existe un ordre invisible. Chacun y a une place légitime. Quand cette place est respectée, l'énergie circule, les relations s'apaisent. Quand elle est bousculée, qu'on prend la place d'un autre ou qu'on cède la sienne, quelque chose se dérègle, parfois sur plusieurs générations.

C'est ce que je trouve si puissant dans le travail de constellation. En posant une situation dans l'espace, on voit littéralement où chacun se tient, qui occupe quelle place, où le système souffre. Et souvent, le simple fait de retrouver sa place suffit à dénouer ce qui semblait inextricable. J'ai vu des personnes pleurer en réalisant qu'elles portaient depuis toujours un poids qui ne leur appartenait pas.

Si ce sujet vous touche, sachez que je propose des séances de constellation systémique où l'on explore précisément cela : votre place dans votre système familial ou professionnel, et comment la retrouver.

Comment construire sa sécurité intérieure

La bonne nouvelle, c'est que cette assise se travaille. Pas en un claquement de doigts, mais pas non plus en dix ans de souffrance. Voici les appuis que je transmets le plus souvent en accompagnement :

  • Apprendre à habiter son corps, car la sécurité intérieure passe d'abord par des sensations, pas par des idées. Le souffle, l'ancrage des pieds au sol, la détente du ventre.
  • Reconnaître ses besoins et apprendre à les nommer
  • Poser des questions ouvertes sur les besoins de autres plutôt que de les deviner.
  • Poser des limites claires, sans agressivité, simplement parce que vos limites font partie de qui vous êtes.
  • Cesser de chercher la validation extérieure à chaque pas, et apprendre à se valider soi-même.
  • Reconnaître et honorer sa place dans son histoire familiale, ce que permet justement le travail systémique.

Aucun de ces appuis ne se décrète. Ils se cultivent, jour après jour, souvent dans le cadre d'un accompagnement où l'on se sent suffisamment en sécurité, justement, pour oser explorer ses fragilités.

Le rôle du regard qui ne juge pas

Il y a un paradoxe que j'aime souligner : on construit sa sécurité intérieure dans le lien. C'est en étant accueilli sans jugement par quelqu'un qu'on apprend, peu à peu, à s'accueillir soi-même.

C'est pour cela que je crois tant à l'accompagnement coaching. Pas pour vous donner des réponses, mais pour vous offrir cet espace rare où vous pouvez déposer ce que vous êtes, sans masque, et sentir que c'est suffisant. C'est souvent là que tout commence à changer.

Trouver sa place sans s'effacer ni s'imposer

Quand la sécurité intérieure grandit, quelque chose de très concret se transforme dans votre rapport aux autres. Vous prenez la parole sans avoir à hausser le ton. Vous dites non sans culpabiliser. Vous écoutez vraiment, parce que vous n'avez plus besoin de défendre votre territoire en permanence.

Vous découvrez que votre place ne se prend pas aux autres, et qu'elle ne se mendie pas non plus. Elle se reconnaît. Elle est déjà là, elle vous attend, il s'agit juste de l'habiter.

Et c'est peut-être le plus beau cadeau de ce travail : non seulement vous vous sentez mieux, mais vos relations s'apaisent. Vos proches sentent que vous êtes plus solide, plus disponible, plus vrai. Le groupe, lui aussi, retrouve son équilibre.

Si vous sentez que ce socle vous manque, que vous oscillez entre l'effacement et le contrôle sans jamais trouver votre juste place, je vous invite à en parler. Vous pouvez simplement prendre contact, sans engagement, pour voir ensemble ce qui pourrait vous aider. Parfois, la première marche, c'est juste d'oser dire que ce n'est pas si simple. Et c'est déjà beaucoup.